Sexe: Inscrit le: 23 Fév 2006 Messages: 1146 L0calisation: des côteaux et des vergers
Posté le: 30 Aoû 2009 [17:01]
La source
Tout près du lac filtre une source
entre deux pierres dans un coin,
allégrement l'eau prend sa course
comme pour s'en aller bien loin !
Elle murmure : "oh ! quelle joie !
sous la terre il faisait si noir !
maintenant ma rive verdoie,
le ciel se mire à mon miroir.
" les myosotis aux fleurs bleues
me disent " ne m'oubliez pas !
les libellules de leurs queues
m'égratignent dans leurs ébats.
"A ma coupe l'oiseau s'abreuve ;
Qui sait ? après quelques détours,
peut-être deviendrai-je un fleuve
baignant vallons, rochers et tours.
Ainsi la jeune source jase,
formant cent projets d'avenir ;
comme l'eau qui bout dans un vase,
son flot ne peut se contenir.
Mais le berceau touche à la tombe,
le géant futur meurt petit ;
Née à peine, la source tombe
dans le grand lac qui l'engloutit !
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Posté le: 02 Sep 2009 [14:56]
Harmonie du soir
Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir
les sons et les parfums tournent dans l'air du soir
valse mélancolique et langoureux vertige !
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir
le violon frémit comme un coeur qu'on afflige
valse mélancolique et langoureux vertige !
le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,
un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir
le ciel est triste et beau comme un grand reposoir
le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
du passé lumineux recueille tout vestige !
le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !
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Posté le: 05 Sep 2009 [18:06]
Le petit chat
c'est un petit chat, effronté comme un page.
Je le laisse jouer sur ma table, souvent.
Quelquefois il s'assied sans faire de tapage :
on dirait un joli presse-papier vivant.
Rien de lui, pas un poil de sa toison ne bouge.
Longtemps, il reste là, noir sur un feuillet blanc,
A ces matous, tirant leur langue de drap rouge,
Qu'on fait pour essuyer les plumes, ressemblant.
Quand il s'amuse, il est extrêmement comique,
Pataud et gracieux, tel un ourson drôlet.
Souvent je m'accroupis pour suivre sa mimique
quand on met devant lui sa soucoupe de lait.
Tout d'abord de son nez délicat il le flaire,
le frôle, puis, à coups de langue très petits,
il le lampe et dès lors il est à son affaire :
et l'on entend, pendant qu'il boit, un clapotis
Il boit, bougeant la queue et sans faire une pause,
et ne relève enfin son joli museau plat
que lorsqu'il a passé sa langue rêche et rose
partout, bien proprement débarbouillé le plat.
Alors, il se pourlèche un moment les moustaches,
avec l'air étonné d'avoir déjà fini
et, comme il s'aperçoit qu'il s'est fait quelques taches,
il relustre avec soin son pelage terni.
Ses yeux jaunes et bleus sont comme deux agates ;
il les ferme à-demi, parfois, en reniflant,
se renverse, ayant pris son museau dans ses pattes,
avec des airs de tigre étendu sur le flanc.
Mais le voilà qui sort de cette nonchalance,
et, faisant le gros dos, il a l'air d'un manchon ;
alors pour l'intriguer un peu, je lui blance,
au bout d'une ficelle invisible un bouchon.
Il fuit en galopant et la mine effrayée,
puis revient au bouchon, le regarde, et d'abord
tient suspendue en l'air sa patte repliée,
puis l'abat, et saisit le bouchon et le mord.
Je tire la ficelle, alors, sans qu'il le voie ;
et le bouchon s'éloigne, et le chat noir le suit,
Faisant des ronds avec sa patte qu'il envoie,
puis saute de côté, puis revient, puis refuit.
Mais dès que je lui dis :"il faut que je travaille"
Venez vous asseoir là, sans faire le méchant !"
il s'assied...et j'entends, pendant que j'écrivaille,
le petit bruit mouillé qu'il fait en se léchant.
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Posté le: 12 Sep 2009 [17:08]
Le grillon
Un pauvre petit grillon
caché dans l'herbe fleurie,
regardait un papillon
voltigeant dans la prairie.
L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L'azur, la pourpre et l'or éclataient sur ses ailes ;
Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs
prenant et quittant les plus belles.
" ah ! disait le grillon, que son sort et le mien
sont différents ! dame nature
pour lui fit tout, et pour moi rien.
Je n'ai point de talent, encore moins de figure.
Nul ne prend garde à moi, l'on m'ignore ici-bas
Autant vaudrait n'exister pas . "
Comme il parlait, dans la prairie
arrive une troupe d'enfants
Aussitôt les voilà courant
après ce papillon dont ils ont tous envie.
chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l'attraper,
l'insecte vainement cherche à leur échapper :
Il devient bientôt leur conquête.
L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps
un troisième survient, et le prend par la tête,
Il ne fallait pas tant d'efforts
pour déchirer la pauvre bête !
"oh ! oh ! dit le grillon, je ne suis plus fâché,
il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde !
Pour vivre heureux, vivons caché "
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Posté le: 28 Sep 2009 [16:59]
L'abeille et la fourmi,
A jeun, le corps tout transi,
et pour cause,
un jour d'hiver, la fourmi,
près d'une ruche bien close,rôdait, pleine de souci.
Une abeille vigilante
l'aperçoit et se présente.
" que viens-tu chercher ici ?
lui dit-elle. - Hélas, ma chère,
répond la pauvre fourmi,
ne soyez pas en colère.
le faisan, mon ennemi,
a détruit ma fourmilière !
Mon magasin est tari,
tous mes parents ont péri
de faim, de froid, de misère !
J'allais succomber aussi,
quand du palais que voici
l'aspect m'a donné courage,
Je le savais bien garni
de ce bon miel, votre ouvrage !
J'ai fait effort, j'ai fini
par arriver sans dommage,
Oh ! me suis-je dit, ma soeur
est fille laborieuse,
elle est riche et généreuse,
elle plaindra mon malheur
oui, tout mon espoir repose
dans la bonté de son coeur.
je demande peu de chose,
mais j'ai faim, j'ai froid, ma soeur !
- oh ! oh !répondit l'abeille,
vous discourez à merveille,
mais, vers la fin de l'été,
la cigale m'a conté
que vous aviez rejeté
une demande pareille !
- quoi, vous savez ?
- mon dieu, oui
La cigale est mon amie.
Que feriez-vous je vous prie,
si, comme vous, aujourd'hui
j'étais insensible et fière ;
si j'allais vous inviter
à promener, ou chanter ?
Mais rassurez-vous, ma chère,
entrez, mangez à loisir,
usez-en comme du vôtre,
et surtout, pour l'avenir,
Les arbres se sont rabougris ;
la chaumière ferme sa porte,
et le papillon gris
a fait place à la feuille morte !
plus de nénuphars sur l'étang ;
l'herbe languit, l'insecte râle,
et l'hirondelle en sanglotant
disparaît à l'horizon pâle !
Près de la rivière aux gardons
qui clapote sous les vieux aulnes,
le baudet cherche les chardons
que rognaient si bien ses dents jaunes.
Mais comme le bleuet des blés,
comme la mousse et la fougère,
les grands chardons s'en sont allés
avec la brise et la bergère.
Les nuages sont revenus,
et la treille qu'on a saignée
tords ses longs bras maigres et nus
sur la muraille renfrognée
la brume a terni les blancheurs
et cassé les fils de la Vierge,
et le vol des martin-pêcheurs
ne frissonne plus sur la berge !
La lune est rouge au brumeux horizon ;
Dans un brouillard qui danse, la prairie
s'endort fumeuse, et la grenouille crie
par les joncs verts où circule un frisson.
Les fleurs des eaux referment leurs corolles ;
des peupliers profilent aux lointains
droits et serrés, leurs spectres incertains ;
vers les buissons errent les lucioles ;
Les chats-huants s'éveillent, et sans bruit
rament l'air noir avec leurs ailes lourdes;
et le zénith s'emplit de lueurs sourdes.
Blanche, Vénus émerge, et c'est la nuit.